Votre attention, s'il vous plait :

Bonjour à toutes et à tous,
Depuis hier (27 mai 2016), un petit plaisantin s'amuse à m'adresser des messages qui n'ont ni queue, ni tête.
Peut-être pense t-il que je vais m'amuser à lui répondre ?
Peut-être est-ce là une tentative "d'amorçage" ? de "piratage" ?
Qu'importe, de toute façon, je n'ai pas envie de jouer avec ce zigoto et, pour couper court à son petit jeu, je préfère supprimer le "formulaire de contact".
A l'avenir, si un visiteur souhaite me contacter, merci de passer par la page Facebook de Souvenirs de Bachy (ICI)

C'est dingue ! Il faut toujours qu'il y ait des jaloux...

Merci pour votre compréhension.


dimanche 11 octobre 2015

Les Corbeaux.

   J’habite dans ma nouvelle maison, depuis l’âge de trois ans. Vous vous rappelez ? Je vous ai dit que mes parents avaient quitté la Place de la Liberté, le 15 août 1961. Trois ans, ça fait petit pour se promener seul, ne serait-ce que dans les environs de sa maison. Donc, pour l’histoire que je vais vous raconter, je devais bien avoir deux ou trois ans de plus.
   Je vais vous parler de la Chaumière car je me souviens très bien y avoir exploré ses ruines.
   Je ne devais sans doute pas avoir la permission de mes parents, mais j’y suis allé, et seul, sans mes frères.
 
   Sur le coup, je pensai qu’il s’agissait des ruines d’une maison, bombardée pendant la guerre. Guerre qui n’était pas très loin, la preuve étant que Parrain Louis(1) avait fait la Première et il est toujours là, à déambuler avec ses sabots aux pieds. Et quand je parle de la Chaumière démolie par la guerre, je parle de la Seconde ; c’est dire si elle était encore plus proche de mon temps.
   Donc, je dirais que je devais bien avoir dans les six ans. Cela nous porte à l’année 1964. Peut-être un peu plus, peut-être un peu moins ? Je ne pense pas me tromper de beaucoup pour une autre raison. Lorsque je vous ai parlé de ma rue, j’ai oublié de préciser, qu’au début où nous y habitions, elle était encore pavée et, là encore, je me souviens du jour où elle fut recouverte de goudron car, ce jour là, j’ai vu un rouleau compresseur écraser le macadam et l’engin était très gros, avec deux grosses roues métalliques sur les côtés et un gros rouleau sur l’avant. C'était très impressionnant. La disparition des pavés du village, a dû commencer en 1964.
 
   Donc, cette Chaumière, je l’ai vu, de mes yeux vu, en amas de pierres et de poutres, certes, mais je ne m’y étais jamais aventuré.
 
   Or, par un jour d’hiver, particulièrement rigoureux. Un hiver très froid et cassant. Ma mère m’emmitoufla de plusieurs couches de vêtements, pour que je puisse aller prendre un peu l’air frai du dehors. J’avais les mains emprisonnées dans des moufles et une cagoule qui me recouvrait entièrement la tête, seul un trou livrait mon visage aux morsures du gel.
   Me promenant à l’air libre, mon haleine chaude faisait de la fumée en sortant de ma bouche. Il y avait de la neige. Tout n’était pas recouvert d’un blanc manteau mais il y en avait suffisamment pour faire de belles boules, que je m’amusai à lancer sur tout et n’importe quoi.
   M’approchant des ruines, je fus attiré par une bande de gros corbeaux noirs. Ils devaient être frigorifiés, ces pauvres oiseaux car il ne réagissaient pas beaucoup.
   Tel Davy Croquette, en chasse dans le Grand Nord Canadien, avec deux belles boules de neige, bien tassées, prêtent à être lancées, je m’approchai ainsi de mes nouvelles cibles. Pensant être arrivé au point limite avant que les oiseaux ne s’envolent d’eux-mêmes, j’ai lancé mes deux boules, coup sur coup. Sans grand effet ; c’est à peine si les volatiles ont réagis. Le plus exposé à mes tirs, à peine envolé, s’est aussitôt reposé, quasiment au même endroit, d’où il était parti. Les voyant aussi peu craintif, je me suis encore approché, jusqu’à ce que j’arrive sur le tas de pierre et de débris en tout genre. Oubliant les volatiles, je m’échinai alors, à essayer de deviner l’agencement des pièces. Sans aucun succès. Mes doigts, attaqués par le gel, étaient engourdis. Alors que j'étais empêtré dans les décombres de cette vieille demeure, les corbeaux, aussi noirs que la neige était blanche, croassaient toujours, sans ce soucier de ma présence.
 
   J’étais là sans rien savoir du passé que j’étais en train de fouler. Dans cette maison, ont vu le jour, ma mère et ses deux sœurs : Tantante Isabelle et Marraine Jeanne.
 
   Lassé de m’essouffler en exploration infructueuse, je finis par m’en aller, laissant là les derniers occupants qui poursuivaient leurs croassements miséreux, d’oiseaux affamés.
 
   Ce n’est que bien plus tard, après cette visite, que ma mère me raconta l’Histoire de cette Chaumière ; l’ancienne maison familiale.
 
   Avant qu’elle ne devienne la maison de mes grands-parents, elle avait été la maison de Zélie(2). 
 
   Sur le fin de sa vie, alors qu’elle n’avait plus de mari, Zélie a été soignée par Marraine-Marie (Marie Leclercq), sœur de Papa-Jean (Jean-Baptiste Leclercq), mes arrières grands-parents, mais aussi par Elvire (ma grand-mère maternelle), une des deux filles de Papa-Jean (la seconde étant Marraine Suzanne). Marraine-Marie était mariée à Louis Stien, Parrain Louis, celui qui a fait tout 14-18 ; je vous ai parlé un peu de lui tout à l’heure. Ce sont eux qui ont aidé Papa-Jean à élever ses deux filles après qu’il ait perdu sa femme, décédée très jeune. Aussi, pour les remercier, Zélie légat sa Chaumière à Marraine-Marie et fit cadeau d’un camé en ivoire, à ma grand-mère. Bijou qu’Elvire offrira, des années plus tard, à sa seconde fille, Odette… Ma mère. 
 
  
   C’est ainsi qu’elle est devenue la maison de mes arrières-grands-parents. Ensuite elle fut racheté par mon grand-père Albert Scarlakens, après que celui-ci épousa ma grand-mère Elvire.
 
Mes grands-parents devant la Chaumière.
Ma mère est à droite. 
 
   Et puis, un jour, parce que cette demeure était devenue trop vieille...
 
(sans date)
merci Guillaume, pour la photo.
 
...Elle fut démolie, non pas par un bombardement comme je l’ai cru longtemps mais pour dégager le terrain où sera construit la maison de Marraine Jeanne, la plus jeune sœur de ma mère.
 
   Avant qu’elle ne tombe définitivement dans l’oubli, des corbeaux ont attiré le petit garçon que j’étais, pour qu’il vienne piétiner les restes de la maison de sa maman. Peut-être ainsi, aura-t-il plus de chance de ne pas l’oublier ?

   ...Et le petit garçon, n’oublia pas.

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(1) Louis STIEN : J'ai créé un site Internet, qui retrace le parcours de cet Ancien Combattant.
vous pouvez y accéder par le lien qui figure en marge du blog :

(cliquez sur la photo, pour l'agrandir)

J'aurai l'occasion de revenir sur ce personnage.

(2) Zélie Bleuzet : est née à Bourghelles le 26 décembre 1867. Elle s'est mariée, le 19 janvier 1903, à Jean-Louis Ballenghien.

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