Votre attention, s'il vous plait :

Bonjour à toutes et à tous,
Depuis hier (27 mai 2016), un petit plaisantin s'amuse à m'adresser des messages qui n'ont ni queue, ni tête.
Peut-être pense t-il que je vais m'amuser à lui répondre ?
Peut-être est-ce là une tentative "d'amorçage" ? de "piratage" ?
Qu'importe, de toute façon, je n'ai pas envie de jouer avec ce zigoto et, pour couper court à son petit jeu, je préfère supprimer le "formulaire de contact".
A l'avenir, si un visiteur souhaite me contacter, merci de passer par la page Facebook de Souvenirs de Bachy (ICI)

C'est dingue ! Il faut toujours qu'il y ait des jaloux...

Merci pour votre compréhension.


samedi 20 août 2016

Une bonne leçon.


   Pour préparer notre aventure de l’après-midi, il nous faut d’abord commencer par récupérer quelques cartouches. Accomplir cette prouesse sans se faire le moins du monde, remarquer, n’est pas si simple. Les parents savent bien où ce genre de choses, hyper dangereuses, se trouvent et, roder alentours, éveillerait chez eux, une réaction certaine à cent pour cent ; histoire d’instinct de conservation. Nous comprenons bien toute l’importance de l'enjeu de ne jamais laisser paraître, que nous connaissons un tel secret. Faire fi de cette mesure extrême de prudence, aurait pour effet de faire disparaître, illico-presto, ledit trésor.

   Pour cela, nous avons rodé une technique, un stratagème, au demeurant fort simple. Il nous suffit, pour commencer, de profiter de l’absence du père. Ensuite, il ne nous reste plus qu’à rester attentif aux occupations de notre mère. Pour ce faire, mes frères et moi, nous répartissons en des endroits clefs de la maison, afin de surveiller le moment où elle s’attellera à une tâche, qui nous laissera suffisamment de temps, pour agir en toute tranquillité. L’un fait du coloriage dans la salle de séjour, le second lit quelques Pim-Pam-Poum, dans la cuisine, quand à moi, il est plus réaliste que je joue avec mes soldats, sur le trottoir, en face de la porte de la buanderie. Chacun à son poste d’observation, nul besoin de rester dans les jupons de notre mère, pour voir à quel moment elle s’attellera au ménage des chambres, ou à un nettoyage quelconque qui la fixera en un coin qui la soustraira à la vue du vieux garage ; vous savez, cette relique de bâtisse, au fond de la cour arrière, à côté du Carin aux bois. 

   Dès que notre plan d’action est arrêté, nous nous mettons en place pour notre mission d’observation. Chacun n’a plus qu’à remplir son rôle, de la façon la plus convaincante qui soit. L’un s’applique à ne pas dépasser en coloriant, le second se prend d’intérêt pour les aventures, et surtout mésaventures, de Pam et Poum, quand à moi, je fais manœuvrer mes troupes, avec force rafales de mitraillettes, que je réussis à la perfection avec ma langue.

   A ce petit jeu, nous le savons fort bien, tout est question de patience… mais quand même. Aujourd’hui la chance n’est pas trop avec nous, car notre mère, je ne sais pas ce qu’elle a, n’arrête pas d’aller et venir. Comme si, de son côté, elle s’était mise en tête de nous surveiller, tous les trois ; sauf qu’elle, elle est toute seule. Alors, que l’un croit que « ça y est », elle entreprend les chambres… Paf ! La voilà qui revient !? Super ! Elle va à l’armoire de la cuisine… Elle va commencer à préparer quelque chose… Eh ben non ! Encore raté. Puis arrive le moment où, du coin de mon œil de lynx, je la vois venir vers moi. Elle se rend à la buanderie ; elle vient chercher son seau et sa wassingue(1).

   - « Qu’est-ce que tu vas faire ? ».
   - « Je vais wassinguer le séjour ».

   Bien peu de temps après, je vois débouler mes frères, qui se dirigent, d’un pas sûr, vers le garage. Je m’empresse de les rejoindre, laissant là mes petits soldats, pourtant en pleine bagarre. 

   - « M’man m’a demandé de sortir, parce qu’elle va laver à grande eau ».
   - « Je sais ; elle me l’a dit ».
   - « On est tranquille pour un moment ».

   Dressé sur la pointe des pieds, mon grand frère se saisi d’un pot et nous le présente. On commence à farfouiller pour trouver deux clips de cartouches différentes ; il nous en faut cinq à gorge et cinq avec un bourrelé à la base. On décide de les prendre, directement par clip de cinq, pour éviter, à tout hasard, que notre père ne remarque la disparition d’une cartouche. Le premier ne nous donnant pas entière satisfaction, nous fouillons dans le deuxième pot. Celui-ci répond à notre attente. Nous avons maintenant tout ce qu’il nous faut car nous savons que les unes sont remplies de poudre en paillette, tandis que les autres sont conditionnées avec une poudre qui se présente sous forme de bâtonnés. Cette poudre en « battons », nous permet de confectionner une mèche, qui se consumera jusqu’au petit tas de poudre en paillette. Les choses remises à leur place, exactement comme nous les avons trouvé, nous allons cacher notre butin, derrière la maison ; on passera les prendre avant de retrouver notre copain. Il est maintenant temps, de s’en retourner à nos occupations d’enfants sages.

   Une fois le repas de midi, avalé, nous annonçons à notre mère, que nous allons retrouver notre grand copain, avec qui nous avons décidé de passer l’après-midi. De façon féline et manœuvrière, nous récupérons d’abord, nos cartouches. Une fois devant la maison de Michel, mon frère entonne l’air de Popeye ; la réplique se fait aussitôt entendre.

   - « Vous avez les cartouches ? ».
   - « Tu as la pince coupante ? ».
   - « Je l’ai mise dans ma musette ».
   - « On a les cartouches ».

   Et nous voilà, parti ; pressés de mettre à exécution notre projet. La montée sur le Blockhaus est toujours aussi hasardeuse, et nécessite une aide sérieuse, même les plus grands s’y prennent avec précaution. Pour moi, c’est toujours avec courte-échelle et main tendue pour me hisser. Une fois sur le toit, plat, nous commençons par admirer le paysage. Mon regard embrasse la plaine, en un tour d’horizon, aussi magnifique que merveilleuse. Ensuite de quoi, nous commençons nos préparatifs. Je regarde mes frères, dépiauter les clips et tendre chacune des cartouches, à Michel, qui coupe d’un geste sûr. On fait notre petit tas de poudre puis, de ce nid incendiaire, nous faisons partir quatre lignes de poudre-tige. Avant de craquer, chacun une allumette, pour mettre le feu à notre mèche. c’est à celui qui parviendra le premier, au tas de poudre. Tout ce joue dans la jonction entre chacune des petites mèches, que nous nous répartissons à parts égales. Celles que nous avons en surplus, sont méticuleusement rajoutées, sur le tas de poudre en paillettes. Ce jeu, des plus excitant, monte d’intensité lorsque les mèches commencent à brûler. La combustion dégage beaucoup de fumée et l’odeur est très forte. Les yeux comme des billes, je contemple la mise à feu du monticule explosif, qui projette de minuscules particules, le tout avec des flammes aussi colorées, qu’odorantes. C’est grandiose ; un véritable feu d’artifice, à même le sol.

   Bien que très intense, je sais parfaitement que cet amusement est des plus bref. Avec, toujours, de la suite dans les idées, je sors de mes poches, paille et brindilles, que j’ai pris soin d’emmener avec moi, et entreprend aussitôt, de redonner vie à ce feu de joie. Opération pas bien compliquée pour le coureur des bois, aguerri, que je suis maintenant.
(dessin de l'auteur)

   Me vient alors, une autre idée : faire exploser une minuscule cartouche à blanc, qui traine dans ma poche. Munition reçu de je ne sais qui, ou trouver je ne sais où. Cette petite bosquette métallique, pas plus grosse que celle que l’on trouve dans les stands de tirs à la carabine, aux fêtes foraines, est une cartouche, aux dires de certains, utilisée en maçonnerie, pour faire des trous, sans avoir besoin de percer. Il n’est pas impossible non plus qu’il s’agisse là, d’une munition pour pistolet d’alarme. Quoi qu’il en soit, son explosion devrait être plus forte que celle d’un pétard. Je la mets donc dans mon petit feu.

   Ne reste plus qu’à attendre… mais, contre toute attente… rien ? A mon grand désespoir, mon entreprise est un échec. Décidé à réussir mon coup, j’entretiens mon feu en y apportant, par petites touches, des brindilles sèches.

   Las, je me relève pour rejoindre la bande, en pleine discussion, debout, au bord du vide. Puis, je reviens à mon expérience en cours. Ce n’est qu’au moment précis où je me penche au-dessus du foyer, que l’explosion se produit, avec pour conséquence, de faire partir haut dans le ciel, la munition elle-même. Bien plus qu’un bruit d’explosion, j’entends le « WOUF » de la bosquette, qui passe à un cheveu de ma tête. Saisi, je réalise l’inconséquence de mon geste et l’horreur me prend, en songeant qu’elle aurait très bien pu me crever un œil, voir me rentrer dans le crâne.

   - « C’est quoi, ce VOUF, qu’on a entendu ? ».
   - « C’est rien, j’avais mis une petite bosquette dans mon feu et elle a fusée ».

   Simple et naturel… comme si de rien était, comme si, tout ça, n’était que broutille, sans aucune espèce d'importance. Refroidi, j’éteins ce qui me reste de feu ; il est temps de passer à autre chose.

   Revenu de mes émotions, le temps est maintenant à la descente. Si la montée est une opération ardue, la descente se fait dans l’angoisse d’une chute malheureuse car un arrondi, très prononcée, empêche toute prise. J’ai beau recevoir moult conseils me signifiant où poser mes pieds, j'ai beau savoir que des mains sont prêtes à me saisir, je tourne et retourne plusieurs fois autour du bunker, afin de me décider sur l’endroit et la façon d’amorcer cette descente. Telle une fourmis, sur une feuille posée sur l’eau, je tourne en rond. Seule la menace de me voir abandonner par l'équipe, me donne le courage d'entreprendre la descente.

   - « Ben tu vois, c’est pas si compliqué ! ».

   Tout est bien, qui finit bien ! Mais, quand même… Sur le retour à la maison, mon imagination se focalise sur l'accident auquel je viens d’échapper. Au choc que cela aurait été pour mon entourage. Je pense à mes frères et à l’image qu’ils auraient eu, de me voir sanguinolent, avec une balle dans la tête ; peut-être inconscient ou hurlant de douleur, voir mort. Je suis accaparé, aussi, par l’idée du chagrin que cela aurait provoqué à mes parents. J’en ai froid dans le dos.

   Pour me rassurer, je me mets à songer, une nouvelle fois, à mon Ange-gardien, qui vient, me dis-je, de m’apporter la preuve de son existence. Lui qui a sut me retenir dans mon élan, le temps nécessaire au projectile de passer, sans me toucher. 



__________

1 – Wassingue : serpillière. Encore utiliser dans le langage courant de la région.











Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire